Le ministère espagnol de la Défense reconnaît l’erreur de son revirement sur le Sahara occidental !

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Le rapport « Perspectives stratégiques 2026 », publié par l’Institut espagnol d’études stratégiques (IEEE), relevant du ministère espagnol de la Défense, indique que les transformations qu’ont connues les relations entre les pays du Maghreb et leurs partenaires européens ont contribué à redessiner une partie des rapports d’influence dans la région. Il souligne notamment que l’Italie a tiré profit des crises ayant affecté les relations de l’Algérie avec plusieurs capitales européennes, renforçant ainsi sa position en tant que partenaire européen majeur de l’Algérie dans le domaine énergétique.

Le rapport, élaboré par le chercheur Miguel Hernando de Larramendi, consacre une partie importante à l’analyse de la rivalité algéro-marocaine et de ses répercussions sur les relations des pays de la région avec l’Union européenne. Le chercheur relève que le rapprochement entre la France et le Maroc en juillet 2024, à la suite du soutien de Paris à la proposition marocaine d’autonomie concernant le Sahara occidental, a provoqué une crise avec l’Algérie. Selon le rapport, les autorités algériennes ont exploité cette situation pour approfondir leurs relations avec l’Italie, devenue « le partenaire européen privilégié » dans le domaine énergétique.

Le rapport inscrit cette évolution dans un contexte plus large marqué par la divergence des intérêts entre les capitales européennes dans leur approche des pays du Maghreb. Il estime que ces divergences offrent aux pays de la région une marge de manœuvre leur permettant de diversifier leurs partenaires lorsque les relations bilatérales traversent des périodes de tension.

S’agissant des relations algéro-espagnoles, le rapport explique que la décision du gouvernement de Pedro Sánchez, en mars 2022, de considérer la proposition marocaine d’autonomie comme l’option « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour régler le conflit du Sahara occidental a entraîné une réaction algérienne comprenant la suspension du traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération, ainsi que le gel des exportations et importations non énergétiques avec l’Espagne.

La même source indique également que l’Algérie a pris des mesures commerciales similaires à l’égard de la France après la position adoptée par Paris en juillet 2024, lorsque la France a considéré le plan marocain d’autonomie comme « la seule base » pour le règlement du conflit, selon la formulation retenue dans le rapport espagnol.

Dans ce contexte, le rapport met en avant l’évolution de la position de l’Italie, expliquant que les tensions entre l’Algérie et certains de ses partenaires européens ont contribué au renforcement des relations algéro-italiennes, jusqu’à faire de Rome, selon l’évaluation de l’Institut, le partenaire européen privilégié de l’Algérie dans le secteur énergétique.

Le rapport examine également la nature de la politique marocaine à l’égard de ses partenaires européens. Il affirme que Rabat a eu recours à des crises diplomatiques avec ses partenaires traditionnels comme instruments de pression afin de poursuivre des objectifs politiques liés, selon le rapport, à la question du Sahara occidental.

Il évoque à cet égard les crises avec l’Allemagne, l’Espagne et la France, et relie notamment la crise avec Madrid en 2021 à l’entrée d’environ 9 000 ressortissants marocains à Ceuta, dont quelque 1 500 mineurs non accompagnés, considérant cet épisode comme un moyen de pression destiné à obtenir un soutien espagnol à la proposition marocaine d’autonomie.

Cette analyse intervient parallèlement à de nouveaux développements dans la crise de Ceuta. En septembre 2026, les autorités espagnoles ont rendu publics des documents de renseignement relatifs aux événements du 30 juillet, montrant que les services de renseignement militaire espagnols avaient estimé que les autorités marocaines n’avaient pas activement encouragé la grande vague migratoire, mais qu’elles avaient adopté, selon l’évaluation du Centre de renseignement des forces armées espagnoles, une attitude « passive et permissive », sans exclure l’hypothèse que Rabat ait pu chercher à exploiter la crise au service de ses « intérêts stratégiques ».

Ces éléments revêtent une importance particulière puisqu’ils concernent directement les événements du 30 juillet 2026, au cours desquels un grand nombre de migrants sont entrés à Ceuta. D’autres documents ont également révélé que le Centre national espagnol de renseignement avait averti les autorités marocaines, le 29 juillet, de la possibilité d’une tentative d’entrée massive dans la ville le lendemain.

Toutefois, ces documents ne démontrent pas, selon les conclusions de plusieurs rapports espagnols consacrés à leur contenu, que le Maroc ait organisé cette vague migratoire ou donné des instructions directes pour sa mise en œuvre. Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a par ailleurs affirmé ultérieurement que les services de sécurité et de renseignement espagnols ne disposaient d’aucune information indiquant une participation directe des autorités marocaines à l’organisation de la crise. Cela met en évidence l’existence d’une différence entre les évaluations de différents services et une conclusion définitive concernant la responsabilité.

Dans le contexte régional plus large, le rapport de l’Institut d’études stratégiques conclut que la rivalité algéro-marocaine ne se limite plus aux relations bilatérales, mais qu’elle se répercute désormais sur les relations de chacune des deux parties avec les puissances européennes, ainsi que sur les dossiers de l’énergie, de la sécurité, du commerce et des alliances régionales.

Le rapport estime également que la divergence des priorités entre les pays d’Europe du Sud a permis à l’Algérie et au Maroc d’exploiter leurs relations européennes de manière sélective, notamment lors des périodes de crise diplomatique.

Ainsi, le rapport espagnol présente l’image d’un Maghreb où la rivalité algéro-marocaine s’entremêle avec les calculs européens, tandis que l’Italie apparaît, selon l’évaluation de l’Institut, comme l’un des principaux bénéficiaires du recul des relations entre l’Algérie et certains de ses partenaires européens, renforçant ainsi sa position dans le partenariat énergétique avec Alger.
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